Syngué sabour, d'Atiq Rahimi
Lauréat du Prix Goncourt 2008, Atiq Rahimi est afghan, installé à Paris depuis plus de vingt ans. Il a d'abord écrit en persan, avant que ne s'impose à lui, en français directement, un récit poignant intitulé Syngué sabour.
En persan, Syngué sabour signifie pierre de patience. C'est le nom d'une pierre magique, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle, puis les libère en éclatant. Dans le roman d'Atiq Rahimi, une femme crie son désespoir à la face d'un homme plongé dans le coma ; c'est son mari, blessé au combat.
«Et toi, tu savais que tu avais une femme et deux filles!» Elle se frappe sur le ventre. Une fois. Deux fois. Comme pour expulser ce mot lourd qui s'est enfoui dans ses tripes. Elle s'accroupit et crie: «Est-ce que tu pensais un moment à nous lorsque tu épaulais ta Kalachnikov? Fils de…»
Au-delà des préjugés
Lire Syngué sabour, c'est faire le voyage dans un pays dévasté, découvrir le quotidien des familles terrées dans des ruines, parcourir les rues hantées de combattants ivres de violence. C'est surtout changer notre regard sur les femmes afghanes, vues d'ici comme des êtres muets. L'héroïne d'Atiq Rahimi parle une langue crue, hérissée de jurons, de blasphèmes, mais ses références au Prophète, sa dévotion ne font aucun doute. Elle invective son mari, tout en le soignant, en espérant son réveil. Il viendra et la pierre de patience, comme dans la légende, éclatera en mille morceaux.
L'auteur
D'origine afghane, Atiq Rahimi est né en 1962 à Kaboul. Il a quitté son pays en 1984 pour le Pakistan d'abord, puis il s'est établi en France où il exerce le métier de réalisateur tout en poursuivant une uvre d'écrivain. Son premier roman, Terres et cendres, racontait le voyage d'un vieillard, accompagné de son petit fils, dans l'Afghanistan détruit par la guerre contre l'Union soviétique.
Revoir Kaboul, de Pierre et Micheline Centlivres
Les époux Centlivres voyagent en Afghanistan depuis presque cinquante ans. Dans ces chroniques, rédigées à partir de leurs journaux de terrains, ils se présentent comme un couple d'ethnologues «soucieux de ne pas être confondus avec des journalistes pressés».
Que d'énergie, de vitalité dans les pages de ce livre où l'on partage les joies, les surprises, l'étonnement, parfois l'impatience, d'un couple en voyage! On les lit tantôt le sourire aux lèvres (quand on apprend que l'Afghan s'inquiète de savoir combien d'orgasmes a connu son ami l'ethnologue la nuit précédente), tantôt le cur étreint (lorsque la guide du Musée national – totalement vide – se trouve contrainte de décrire les objets que l'on ne peut plus voir parce qu'ils ont été détruits par les mêmes fanatiques qui ont fait exploser les Bouddhas de Bamiyan en 2001).
Atiq Rahimi
- Syngué sabour, P.O.L. éditeur, 2008
- Terres et cendres, P.O.L. éditeur, 2000
Pierre Centlivres et Micheline Centlivres-Demont
- Revoir Kaboul, Edtions ZOE, 2007
- Les Bouddhas d'Afghanistan, Editions Favre, 2001





