
Militaire en faction devant un temple hindouiste (Jaffna)
Une déclaration, datée de 1983, illustre bien la fracture existant entre les parties adverses. Elle n'émane pas d'un quelconque activiste anti-tamoul mais a été faite par J. R. Jayawardene, alors président du Sri Lanka. Il déclarait à l'époque: «Je ne me soucie pas de l'opinion du peuple tamoul… Maintenant, nous ne pouvons pas penser à lui, ni à sa vie ni à son opinion… Plus vous mettrez de pression sur le Nord, plus heureux sera le peuple cinghalais ici… Vraiment, si je peux priver de nourriture les Tamouls, le peuple cinghalais sera heureux.»
Lorsqu'un chef d'État use de tels discours à propos d'une partie (20% environ) de ses propres concitoyens, on comprend mieux que ceux-ci soient prêts à tout pour obtenir l'indépendance. Et si, dans ces conditions, toute réconciliation semble illusoire, on peut tenter de comprendre comment les Sri lankais en sont arrivés là.
Faux frères, vrai différend
D'abord, il faut savoir que Cinghalais et Tamouls – même s'ils partagent la même nationalité – sont séparés par de nombreuses différences. Ils n'habitent pas les mêmes régions de l'île, ne pratiquent pas la même religion ni ne parlent la même langue. Ensuite, les colons successifs de Ceylan (Portugais, Néerlandais et Anglais) ont largement contribué à l'affrontement des deux communautés (voir histoire).
Dès l'indépendance de 1956, les Tamouls subissent de la part des Cinghalais des discriminations politiques et culturelles. Ils sont mis en minorité au Parlement, ce qui les empêche de s'opposer au régime. Leur langue, jusque là officielle, est abandonnée au seul profit du cinghalais. Dès lors, tous les postes de l'administration sont attribués à des Cinghalais, même dans les zones du Nord et de l'Est, majoritairement tamoules.
La même année, des émeutes éclatent un peu partout dans le pays. Elles font 150 morts et marquent le début des hostilités. Par la suite, dans les années 70 et 80, d'autres vexations entretiennent la haine. Les importations de livres et films en tamoul depuis le sud de l'Inde sont par exemple interdites au nom d'une politique d'autosuffisance économique (sic). À partir de 1983, les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE, aujourd'hui considéré comme terroriste) entrent en rébellion ouverte contre le régime de Colombo.
Les bons et les mauvais
Ce résumé ressemble à un réquisitoire contre le pouvoir central cinghalais. Évidemment, le tournant de l'indépendance a été très mal négocié par la nouvelle majorité cinghalaise qui a profité de sa supériorité numérique pour prendre seule les rênes du pouvoir. Mais comme dans toutes les guerres, les deux camps ont commis des atrocités ou les ont tolérées.
Les Tigres de l'Eelam tamoul ne sont donc pas en reste. Pour soutenir l'effort de guerre, les Tamouls réfugiés à l'étranger (600'000 à 800'000 individus) sont rackettés. Ceux qui refusent de payer reçoivent des menaces à l'encontre de leur famille. Autres spécialités: les attentats suicide, parfois perpétrés par des femmes et l'engagement d'enfants soldats, souvent forcé. Human Rights Watch dénonce également l'utilisation d'enfants soldats par certaines troupes gouvernementales.
Selon les estimations, cette guerre aurait fait entre 35'000 et 60'000 victimes depuis les années 70, dont une majorité de Tamouls. Le cessez-le-feu, obtenu à grand-peine en 2002, a été violé à 3'500(!) reprises , chacune emportant avec elle un petit morceau de l'espoir de paix. (Franck Sarfati – 07.01.08)
Sources: Wikipédia ; Human Rights Watch




