
Drapeau du Sri Lanka
Cinq siècles avant notre ère, ce bout de terre émergé quasiment relié à la pointe sud de l'Inde était déjà colonisé. Ses premiers habitants, les Indo-Européens, ancêtres des Cinghalais d'aujourd'hui, étaient bouddhistes. Deux siècles plus tard, ce fût au tour des Tamouls, originaires du Tamil Nadu (Inde) d'essayer de conquérir le territoire. Leur religion était l'hindouisme.
Les deux communautés constituèrent de petits royaumes dont les rois étaient successivement Cinghalais ou Tamouls. Entre le VIIIe et le XIIIe siècle des musulmans vinrent également s'installer, certains épousant même des femmes tamoules. Malgré quelques tensions, les deux grands groupes ethniques vivaient alors en bonne intelligence.
Début des problèmes
Ce calme cessa au XVIe siècle avec l'arrivée des premiers colons européens, les Portugais. Accompagnés de leurs missionnaires catholiques, il s'installèrent au Nord de l'île, région majoritairement tamoule, où ils détruisirent plusieurs temples hindouistes. Puis ils divisèrent (pour mieux régner?) l'administration en deux: un système (justice et gouvernement) pour les Tamouls, un autre pour les Cinghalais.
Pour se débarrasser des Portugais, le roi de Kandy se tourna vers les Hollandais qui firent progressivement main basse sur l'ensemble de l'île. En 1668 les derniers colons portugais quittèrent Ceylan. Comme leurs prédécesseurs, les Hollandais divisèrent l'administration en deux systèmes distincts, et choisirent d'utiliser le néerlandais et le tamoul pour rédiger les documents officiels, ignorant le cinghalais.
En plus de cette vexation infligée à l'ethnie majoritaire, ils tentèrent d'imposer leur propre religion, le calvinisme, à une population qui se convertissait le plus souvent pour des raisons économiques et sociales. Ce radicalisme religieux, d'abord catholique puis protestant, fût peu à peu adopté par les différents groupes bouddhistes et hindouistes, deux cultes d'ordinaire tolérants.
Arrivée des Anglais
À la fin du XVIIIe siècle, les Anglais s'intéressèrent à leur tour à Ceylan. Ils commencèrent par s'attaquer à la partie tamoule (le Nord) puis conquirent l'ensemble de l'île dès 1796. En 1802, ils en firent une colonie de la Couronne, régie par une seule administration. Ils mirent en place un système d'éducation anglican, écartant du même coup l'enseignement traditionnel des moines bouddhistes.
Ceci eut pour effet indirect de favoriser les écoles tamoules au détriment des cinghalaises. Dans l'ensemble, les Tamouls acquirent une meilleure éducation que les Cinghalais, apprirent mieux l'anglais et se retrouvèrent très souvent employés dans l'administration britannique. À l'université, la moitié des étudiants étaient Tamouls alors que ceux-ci ne représentaient alors que 10% de la population du pays.
Les équilibres changent
En 1944, les Anglais décidèrent de transférer les pouvoirs aux Ceylanais eux-mêmes. Trois ans plus tard, une première Constitution mît en place une représentation parlementaire proportionnelle: 65% de Cinghalais, 35% de Tamouls. Les Tamouls devenaient alors une minorité politique dont les droits fondamentaux n'étaient garantis par aucun texte. S'estimant jusque là lésés par les Britanniques, les Cinghalais tenaient leur revanche.
Ceylan accéda à une forme d'indépendance en 1948, le gouvernement britannique continuant toutefois à se charger des lois. Cette année-là, le Parlement de Colombo comptait 58 Cinghalais, 29 Tamouls et 8 musulmans. En nette majorité, les Cinghalais prirent le contrôle de tous les rouages politiques et administratifs, donnant aux Tamouls l'impression de vivre au sein d'une dictature.
Point de non retour
Pour accroître encore son emprise, le gouvernement retira sa citoyenneté à un million de Tamouls, sous prétexte qu'ils étaient de descendance indienne. Ainsi, la représentation tamoule au Parlement fût encore réduite d'un tiers et son ressentiment envers le gouvernement central continua de croître.
En 1956, le gouvernement choisît de ne plus utiliser que le cinghalais comme langue officielle. Le but avoué était de favoriser l'accès des Cinghalais à la fonction publique et aux universités. C'en était trop. Toute la population tamoule se souleva et vît naître la volonté de fonder sa propre nation.
À la fin des années septante, le Front uni de libération des Tamouls demanda la création d'un État occupant le Nord et l'Est du pays. Eelam tamoul est le nom que le parti avait choisi. En 1983, la dissidence se transforma en une rébellion armée attisée par des émeutes anti-tamouls et des attentats terroristes visant la communauté. Dès lors, plus question de faire marche arrière: la guerre fratricide était déclarée. (Franck Sarfati – 07.01.08)
Sources: Université de Laval (Canada); Wikipédia




