
Susan Solomon, un autre point de vue sur le climat
Le Dr Solomon est une femme de terrain. Après ses études de chimie, elle choisit rapidement d'aborder sa spécialité «à un niveau planétaire plutôt que dans une éprouvette». Ce choix s'est avéré judicieux puisque, avant même de fêter ses 30 ans, elle valide les travaux de ses confrères en vue de leur publication par des revues scientifiques.
Depuis, les titres honorifiques les plus prestigieux se sont accumulés, occupant plusieurs pages de son CV. Mais la récompense qui fait sa plus grande fierté ne ressemble en rien à un quelconque diplôme. Il s'agit d'un glacier antarctique auquel on a donné son nom, au terme d'une mission de recherche qu'elle a menée, en 1986, sur le continent blanc.
Aussi passionnante que passionnée, Susan Solomon présentera une conférence intitulée L'influence humaine sur le climat, dans le cadre du Colloque Wright pour la Science (16 novembre 2006, 18h30, Université de Genève). D'ici là, elle aborde quelques uns des sujets qui y seront développés.
Quelles sont les idées fausses que vous entendez au sujet des changements climatiques?
Il y en a plusieurs mais la principale est que «les températures ne sont pas vraiment au-dessus de la norme.» Ce raisonnement est faux. Il provient d'un manque d'éducation, d'une image trop «locale» que se font certaines personnes de leur environnement. Aujourd'hui, les données que nous étudions proviennent du monde entier. C'est de cette image d'ensemble qu'il faut désormais tenir compte.
Quelle activité humaine menace le plus l'équilibre climatique?
L'utilisation de carburants fossiles tels que le pétrole (essence, diesel, kérosène) ou le charbon qui, lorsqu'ils brûlent, dégagent du dioxyde de carbone. Il y a d'autres facteurs mais ils sont secondaires.
Peut-on déjà observer les impacts dus à cette activité?
Cela dépend du lieu dans lequel on vit. Les habitants de l'Alaska, par exemple, sont très au courant des changements climatiques. La banquise – une part essentielle de leur environnement – est en train de fondre. Aux Maldives aussi on constate des modifications puisque, depuis le début du XXè siècle, l'eau y est montée de 15 centimètres. Quant à l'Europe et aux États-Unis, les récentes vagues de chaleur que ces régions ont subies sont les signes les plus visibles de ces changements.
À un niveau local, dans un petit pays comme la Suisse, que peut-on faire pour aider à résoudre ce problème?
C'est difficile à dire. Là aussi, cela dépend du lieu dans lequel on réside. Personnellement, j'habite une ville nommée Boulder (Colorado) qui a choisi d'adhérer aux normes du protocole de Kyoto. Et je roule dans une voiture à moteur hybride.
Comment impliquer les jeunes dans cette problématique?
Leur éducation est extrêmement importante, spécialement à l'adolescence. Et l'environnement est un thème qui peut s'avérer «fun» à aborder. Les ados d'aujourd'hui verront certainement des changements plus marqués que ceux auxquels nous assistons. Et leurs parents doivent savoir qu'ils en seront tenus pour responsables!
Que répondez-vous aux gens qui pensent que le réchauffement climatique actuel n'est qu'une évolution naturelle de notre planète?
Que les mesures faites depuis 150 ans sont très précises et ne laissent que peu de place au doute. La question, c'est de savoir s'il faudra attendre des catastrophes majeures pour être fixés. C'est un peu comparable au problème de la cigarette: certaines personnes fument pendant 50 ans sans développer de maladies. Mais peut-on pour autant dire à un jeune fumeur que son vice ne lui fait courir aucun risque?


