Lien vers un document interneLes conseils de Jonathan

Jonathan Ludwig inaugure sa troisième année en Génie civil à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Il a survécu à la première année. Puis à la deuxième. En tant que collaborateur du comité Coaching de l'EPFL, l'antenne des services aux étudiants gérée par les étudiants, il prodigue ses conseils lucides pour éviter un échec tout en profitant de son année. Sans langue de bois.

Jonathan: «Faites tous les exercices les plus durs.»

Jonathan: «Faites tous les exercices les plus durs.»

A l'EPFL, «on ne prend pas les meilleurs, on prend ceux qui ont la moyenne. C'est sincère. Il n'y a, officiellement, pas de quotas», assure Jonathan. A vous de faire ce qu'il faut pour intégrer le cercle large des élus. Voici cinq questions basiques et cinq réponses claires pour vous guider.

Faut-il vraiment aller en cours?
Non. Ce n'est pas obligatoire. Le cours est essentiellement de la théorie scientifique. Le professeur donne une formule, il n'y a quasiment rien à écrire. Il s'agit plus de compréhension intuitive. Par contre, vous avez tout intérêt à aller aux cours d'exercices: c'est là que vous reprenez la formule et que vous la «testez» sur les exercices idoines. Évidemment, il y a toujours plus de monde en fin de semestre, avant les examens… Libre à chacun de s'organiser comme il l'entend, mais un entraînement régulier sur les exercices est capital. Il faut se tenir à jour.

Peut-on suivre les bruits de couloir et faire des impasses en conséquence pour les examens?
Il est dangereux de faire confiance aux rumeurs. D'ailleurs, les professeurs qui les entendent peuvent changer leurs énoncés au dernier moment… Comme il y a plusieurs questions à l'écrit, on peut imaginer se rattraper sur les autres. En revanche, pour les examens oraux, il est plus que déconseillé de faire l'impasse sur un chapitre entier. Il y a une sorte de loi générale sur la malchance, on tombe forcément sur ce qu'on n'a pas revu et les vingt minutes paraissent alors bien longues. Tous les professeurs ne proposent pas un autre sujet pour réparer les dégâts.

Comment gérer le non-dit, la masse de travail qui n'est pas demandée explicitement mais qui s'avère primordiale pour les examens?
Dans le domaine scientifique, la transparence prévaut. Les professeurs sont sans surprise. Ils communiquent toutes les références des livres utilisés pour leurs cours, celles des polycopiés. Vous pouvez, du reste, faire appel aux coaches pour savoir quel livre acheter parmi la liste. Il n'y a pas non plus de pièges aux examens: il suffit de bosser les exercices les plus durs, c'est ceux-là qui tombent. Si on sait les faire, alors il n'y a pas de problème. Il faut juste ne pas se mentir à soi-même ne pas se dire que, oui, on y arrive(ra), alors que ce n'est pas le cas.

(ndlr: attention, certaines filières d'études à l'uni fonctionnent sur ce régime de non-dit. Notamment en Droit, en Lettres, en Histoire où l'étudiant est censé étoffer les cours, de lui-même. Renseignez-vous absolument.)

Choisir les options en fonction du moindre travail à fournir paraît évident, non?
Non, pas ici. En tout cas, pas en première année. Il n'y a qu'un cours d'option intitulé SHS (Sciences Humaines et Sociales), réparti en quatre sessions de sept semaines chacune. Ce sont des sessions «découverte» qui ne nécessitent pas un immense effort. Prendre «Sculpture» au lieu de «Philosophie» en imaginant que ce sera moins lourd et plus facile ne veut pas dire grand-chose. En deuxième année, peut-être, puisqu'on approfondit l'un des quatre cours, Là, on fait plus attention aux bruits de couloir mais, finalement, la majorité des étudiants choisit en fonction de ses centres d'intérêt, de ce qui les passionne.

Avec les compensations, peu importe une mauvaise note… si on a fait tous ses calculs avant?
Pas vraiment. La première année comprend deux blocs principaux: les branches d'examens, qui englobent les cours, et les branches de semestre, qui regroupent SHS, travaux pratiques, etc. La moyenne est impérative pour ces deux blocs… qui ne se compensent pas entre eux. Il n'y a donc pas de calculs savants à faire. Par contre, il est très important de faire tout au long de l'année les exercices et séries facultatifs qui sont proposés par les professeurs. Ils donnent des bonus qui rapportent entre 0.3 et 0.5 points. Les étudiants qui ne travaillent pas régulièrement et ne se donnent pas de peine sur ces séries n'encaissent pas de bonus. C'est dommage car ça peut faire la différence à la fin de l'année: à 3.98, on peut être recalé si on n'a pas de bonus à faire prévaloir. C'est la froideur scientifique. Il faut voir également que ces bonus sont une source de renseignements sur les examens finaux: plus de séries ont été travaillées en cours d'années, moins il y aura de possibilités le jour J. C'est un bon indice.

Un dernier mot?
Faites tous les exercices les plus durs. Et n'hésitez pas à demander de l'aide. Une flopée d'assistants vous attend. Ce sont souvent des doctorants enfermés dans leur bureau toute la journée: ils sont contents de voir du monde! Il faut lutter contre cette image du gymnase où poser une question est honteux. Ici, tout change. Cela ne sert à rien de passer quatre heures sur un exercice difficile: les assistants sont à votre disposition et, en plus, ils vous feront gagner un temps précieux.
(Camille Bozonnet – 20.10.06)

  • «Ce n'est pas un drame de redoubler»
    Alexandre Margot est prêt à entamer sa deuxième première année d'Informatique à l'EPFL. Dans un grand éclat de rire. Loin d'être effondré, il est plutôt content de retrouver la plupart de ses camarades puisque seulement 30% de ses collègues – sur la centaine d'inscrits – sont passés en deuxième année. Un cas particulier à sa branche, qui n'égale tout de même pas l'écrémage en Criminologie à l'Unil – autour de 20% de réussite!
    Les raisons de son échec? Il le sait pertinemment. Ça n'a pas été une mauvaise surprise. «Trop d'activités parallèles» consacrées aux associations, organisations de manifestations en tout genre, animations diverses et variées, création de sites web, cours gratuits de langages sur Internet, graphisme, etc. La liste est longue et on comprend pourquoi il «ne finissait jamais ses exercices». La faute en incombe, en partie, au gymnase où « on n'a pas besoin de bosser. Trois jours avant les examens, ça suffit», dixit Alexandre. «Alors qu'ici, même trois semaines avant, c'est trop tard!»
    Mais Alexandre ne regrette rien. «Je n'ai jamais passé un mauvais moment cette année et j'ai beaucoup appris à côté», assure-t-il en souriant. D'autres choses, qui lui sont précieuses: un côté pratique, un brin de vie professionnelle, une assurance pour des tâches extrascolaires, comme téléphoner à n'importe qui sans trembler, une expérience sur le terrain.