
Les masques, expression théâtrale de l'émotion
Que peuvent avoir en commun des disciplines aussi différentes que la neurologie, les sciences économiques, la philosophie ou l'histoire? Tous ces domaines sont mis à contribution dans le cadre du Centre suisse en sciences affectives, troisième Pôle de recherche national attribué à l'Université de Genève.
Après la génétique et les propriétés électroniques des matériaux, c'est donc au tour des émotions d'être décortiquées par un réseau de chercheurs répartis dans six universités suisses, avec Genève comme institution d'accueil.
Les applications consécutives à ces recherches seront elles aussi liées à des secteurs très variés. De la difficulté des femmes à poursuivre une carrière scientifique aux problèmes de violence en passant par les relations entre santé, bien-être et émotions, des pans entiers de la société pourraient bénéficier des progrès potentiels.
«Révolution affective»
Par essence, les scientifiques ont le plus souvent eu tendance à considérer le comportement humain sous l'angle rationnel. Mais aujourd'hui, dans de nombreux domaines, la recherche tient également compte des facteurs émotionnels.
En plein boom, cette «révolution affective» des milieux scientifiques s'attaque désormais à des champs pour le moins inattendus. La finance en est un. Même si les théories économiques classiques sont issues de formules mathématiques d'une logique implacable, la psychologie ne peut être ignorée, notamment dans les processus de prise de décision.
Les investisseurs ne sont donc pas des «machines» appliquant à la lettre des lois naturelles? Apparemment pas. Selon les travaux de Daniel Kahnemann, récompensés par le prix Nobel en sciences économique (2002), le comportement des investisseurs présente un véritable catalogue d'anomalies comme la surréaction, l'aversion aux pertes ou la certitude de pouvoir «battre le marché».
Comportements d'hier et d'aujourd'hui
Autre domaine pouvant paraître incongru dans le contexte du comportement, celui de l'histoire. Un groupe de chercheurs dirigé par Philippe Borgeaud (Professeur d'histoire des religions à l'Université de Genève) planche sur les «rites et mythes en tant qu'expressions culturelles de l'émotion».
Par leurs travaux, ils visent notammant à analyser le rôle des mythes et religions dans les conflits ethniques. En se penchant sur les derniers développements de l'actualité au Moyen-Orient, on s'aperçoit que ces mécanismes, bien que millénaires, sont aussi très contemporains.
(Franck Sarfati – 18.12.06)

