
5% des tout-petits sont plus agressifs que la moyenne
Selon le Service médico-pédagogique (SMP) de la Ville de Genève, une importante partie des consultations pédopsychiatriques découlent de comportements agressifs. En milieu scolaire, les signalements de violences, verbales ou non, sont plus fréquents.
Médecin-directeur du SMP et professeur de psychologie à l'Université de Genève, Stephan Eliez planche sur ce sujet. Depuis la rentrée 2006, le service dans lequel il travaille mène une expérience pilote dans une école primaire genevoise.
Le principe: exploiter le résultat des recherches du Centre suisse en sciences affectives, recherches basées sur l'étude de cas réels rencontrés dans l'école. L'efficacité de l'aide apportée aux enfants, parents et enseignants par le service médico-pédagogique est ensuite systématiquement vérifiée par les scientifiques du Centre.
Vieux a priori et constat récent
On a longtemps pensé que la pire période des troubles du comportement se situait à l'adolescence. Pourtant, dans les années quatre-vingt, une observation scientifique effectuée dans des crèches a démontré que c'était entre 15 et 48 mois que le plus grand nombre de signes d'agressivité étaient constatés.
De même, on supposait que cette agressivité des enfants provenait exclusivement d'une exposition à un environnement agressif et à son imitation. Mais contrairement à la croyance et comme le souligne Stephan Eliez, «l'enfant ne naît pas bon, son agressivité est nécessaire à sa survie.» Par la suite, la socialisation et l'éducation rendent le petit d'homme apte à vivre en collectivité.
L'agressivité peut aussi être due à des facteurs externes très variés comme le tabagisme de la mère pendant sa grossesse, son faible niveau socio-économique, une discipline parentale trop stricte ou trop laxiste, etc. Inutile donc de vouloir apporter une solution unique à un phénomène aux origines si diverses.
Personnaliser et agir vite
L'idée, c'est justement d'aborder chaque cas en fonction de ses spécificités, de tenir compte de tous ses aspects pour aboutir à des solutions personnalisées. Et surtout, de le faire assez tôt.
En effet, selon le récent rapport d'un groupe de recherche international, environ 5% des tout-petits présentent un comportement agressif nettement supérieur à la norme. Sans intervention, cette agressivité peut persister jusqu'à l'adolescence, avec des conséquences qui font régulièrement la une des journaux.
Quelques mois seulement après le début de l'expérience de l'école genevoise, il est trop tôt pour tirer des conclusions. Mais selon Stephan Eliez, «l'intervention y est très appréciée par le corps enseignant». De bon augure. (Franck Sarfati – 15.12.06)

