
English, bon allemand, schwytzerdütsch: parler une langue nationale ou étrangère, c'est être pour ou contre la (mythique) cohésion nationale.
- Le mythe suisse du plurilinguisme est bientôt mort. Les spécialistes sont quasi unanimes, l'historien Hans-Ulrich Jost en tête. Pourquoi? Depuis la fin de la guerre de 1939-45, le nationalisme suisse se transforme en régionalisme. Les Trois Suisses ont plutôt tendance à lorgner chez leurs voisins directs, de langue et de culture communes, plutôt qu'à maintenir le fantasme du trois en un. Les Suisses alémaniques fraient donc avec l'Allemagne, les Romands fricotent avec les Savoyards et les Tessinois avec les Italiens. Maîtriser sa langue maternelle suffit amplement, donc. Quant à la cohésion nationale…
- Si vous voulez contredire ce point de vue, citez le professeur François Grosjean, directeur du Laboratoire de traitement du langage et de la parole de l'Université de Neuchâtel et spécialiste du bilinguisme depuis son ouvrage réputé, Life with Two Languages: An Introduction to Bilingualism publié à l'Harvard University Press en 1982. Il estime, dans un entretien accordé à La Liberté (27.12.2005), que «la moitié ou davantage de la population mondiale est bilingue. On considère comme bilingue la personne qui se sert de deux ou plusieurs langues dans la vie de tous les jours. Il existe donc en Suisse un très grand nombre de bilingues!» Dont vous.
- Dans la même ligne, reprenez les termes érudits et enfoncez le clou en parlant de diglossie (pour «bilinguisme de groupe»). Ce mot désigne le bilinguisme allemand-suisse-allemand, en particulier parce que le suisse-allemand n'est pas considéré comme une langue mais un dialecte. Bref, il y a bilinguisme quand même!
- A savoir également: un communiqué du 24 août 2006 de l'Autorité indépendante d'examen des plaintes en matière de radio-télévision a rejeté une plainte visant l'interdiction de l'usage du schwytzerdütsch sur SF1 et SF2, arguant que «la présentation en dialecte suisse alémanique des prévisions météorologiques dans l'émission «Meteo» diffusée par la Télévision suisse alémanique SF ne viole pas le droit des programmes». Tant pis pour les unilingues, il leur reste les images et les pictogrammes!
- L'anglais boute le français hors des classes chez certains de nos voisins alémaniques. A Nidwald, par exemple, où le Parlement a voté l'hiver 2005 le bannissement de la langue de Molière en primaire par 53 voix contre 0. Pourquoi? Les commentateurs et analystes du résultat du scrutin avancent plusieurs arguments, dont 1- la nécessité de s'adapter à son époque, donc aux effets de la globalisation à l'anglaise, et 2- par conséquent, de ne pas surmener les enfants à l'école. D'où ce choix cornélien défavorable à Molière. (CB)


