Lien vers un document internePourquoi une telle opposition?

Avec son nouveau système de santé, Barack Obama souhaite alléger les charges des assurés de la classe moyenne et permettre à 30 millions d'Américains sans assurance d'accéder à une couverture médicale. Vue d'ici, la cause semble noble, alors pourquoi une telle levée de bouclier?

Protestataires, Washington DC, 20 mars 2010

Protestataires, Washington DC, 20 mars 2010

Quelques chiffres pour commencer: 46 millions d'Américains ne sont pas assurés. En matière de mortalité infantile, les Etats-Unis se situent en 29e position (sur 37 pays industrialisés), loin derrière la Biélorussie. En dix ans (depuis 1999), le coût moyen des primes d'assurance a plus que doublé. Le système de santé américain est le plus cher au monde (16% du PIB) mais ne se situe qu'à la 37e place en matière de qualité des soins (source: OMS).

Un système hors de prix
Au pays de l'Oncle Sam, ces soins sont tellement chers que certains assureurs n'hésitent pas à envoyer leurs affiliés à l'étranger lorsqu'ils doivent être opérés. Singapour, l'Inde ou la Thaïlande – malgré la distance – figurent parmi ces destinations médicales. Les coûts du transport sont loin d'être un frein puisque, à titre d'exemple, la pose d'une prothèse de la hanche est facturée environ 50'000 dollars aux Etats-Unis contre 12'000 à Bangkok.

Tout le monde, ou presque, s'accorde à dire que la situation est devenue intenable, aussi bien pour les ménages que pour les employeurs puisque ce sont eux qui prennent (partiellement) en charge les assurances de la majorité des salariés américains. La réforme proposée par le gouvernement Obama n'aurait donc dû être qu'une formalité. Loin s'en faut, comme le prouvent les manifestations quasi quotidiennes d'opposants très remontés.

Les raisons de la colère
Plusieurs raisons expliquent ces réactions. D'abord, «traditionnellement», on se méfie de l'Etat tout puissant, le «Big Government» comme on dit là-bas. En ce qui concerne la réforme du système de santé, les républicains hurlent carrément à l'ingérence dans la sphère privée. Pourtant, le système proposé par la Maison Blanche n'a rien d'une sécurité sociale à la française, véritable cauchemar des conservateurs. Il s'agit plutôt d'obliger les Américains à souscrire une assurance santé privée en aidant les plus pauvres à payer leurs primes, un peu comme en Suisse. Et de ne plus permettre aux assureurs de refuser de couvrir un malade sous prétexte qu'il coûte trop cher.

Autre explication, plus politique, à cette hostilité: la méfiance des électeurs envers le gouvernement en place et son chef de file. Tout a été dit sur le nouveau président. Soupçonné d'être musulman, accusé de communisme ou simplement de ne pas être Américain, Barack Obama est dans l'œil du cyclone. Même les aînés – qui bénéficient d'un système comparable à celui que la Maison Blanche tente de mettre en place – s'opposent à la réforme. Tout comme les milieux conservateurs, ils se sentent délaissés par cette nouvelle génération de politiciens au pouvoir dans lesquels ils ne se reconnaissent pas.

Enfin, l'argument financier est incontournable pour les opposants car une telle réforme a un coût, évalué à mille milliards de dollars sur dix ans. Elle prévoit aussi une hausse des impôts des plus riches, les ménages gagnant plus de 500'000 dollars par an. Bien sûr, on parle là d'une petite minorité d'Américains mais dans un pays où la solidarité est souvent prise pour du socialisme, même les classes moyennes qui ne sont pas concernées pas ces nouvelles charges fiscales trouvent la pilule amère. (Franck Sarfati – 26.03.10)

Sources: Libération (février et mars 2010); La Liberté (octobre 2008 et juillet 2009); Le Temps (août 2009 et mars 2010)

  • Échec aux lobbies

  • En 2008, pendant sa campagne présidentielle, Barack Obama déclarait: «Les lobbyistes ne gouverneront pas ma Maison Blanche», une gageure aux États-Unis ou ces groupes de pression pèsent de tout leur poids.

  • En ce qui concerne la réforme du système de santé, la bataille contre l'industrie pharmaceutique, les associations de médecins et les assurances fût particulièrement âpre. Très motivées par la préservation de leurs acquis, celles-ci ont dépensé près de 1,4 million de dollars par jour pour dénoncer le projet de réforme lors des semaines précédant le vote. Leur vecteur préféré: des spots publicitaires diffusés par la chaîne Fox News.

  • Si elle avait été élue Présidente des États-Unis, Hillary Clinton n'aurait probablement pas pu mener à bien une telle réforme. La campagne de l'ex-First Lady avait été financée en bonne partie par les industries médicales et pharmaceutiques. Difficile, dès lors, de les attaquer de front.

  • Source: Tribune de Genève, mars 2010