
Zine el-Abidine Ben Ali, élu le 7 novembre 1987
Si l'arrivée au pouvoir du président Ben Ali avait été accueillie avec ferveur et espoir par ses concitoyens, ils sont nombreux aujourd'hui à déchanter. Bien sûr, le niveau de vie s'est considérablement amélioré et la classe moyenne constitue aujourd'hui 80% de la population tunisienne, un record en Afrique. Mais à quel prix?
Prétextes sécuritaires
Sous couvert de combattre la menace terroriste et l'extrémisme religieux, le pouvoir tunisien a pris des mesures strictes afin d'empêcher toute contestation politique. De fait, en Tunisie, l'opposition est quasi inexistante et la presse ne cesse de louer les bienfaits du gouvernement. Ce même gouvernement qui bloque des sites web trop critiques à son égard ou réduit au silence les ONG qui tentent de dénoncer ces états de fait.
Méthodes musclées
Les moyens mis en uvre pour éviter la contestation sont classiques. Outre la mainmise du gouvernement sur les médias, on peut citer une propagande caricaturale qui voit le portrait du président affiché partout. On peut y ajouter une police omniprésente – un agent pour 67 à 112 habitants selon les régions! – et secondée par un réseau très dense d'informateurs de tout poil. Enfin, sans une adhésion au Rassemblement Constitutionnel Démocratique (le parti au pouvoir), il est difficile en Tunisie d'obtenir des allocations, papiers officiels ou de mener à bien une démarche administrative.
Conséquences désastreuses
Résultat: des élections aux scores de républiques bananières et une chape de plomb maintenue au-dessus de la population. En Tunisie en effet, on ne parle pas ouvertement de politique ni de Ben Ali. Encore moins de corruption ou d'un clientélisme pourtant avéré. Quant à la jeunesse, elle rêve de quitter le pays ou se résigne à son sort. À ce titre, la remarque d'un étudiant interviewé dans un des reportages du dossier est révélatrice. En parlant de Ben Ali, il affirme: «Je peux simplement dire que celui qu'on connaît, c'est toujours mieux que celui qu'on ne connaît pas.» Évidemment, lorsqu'on n'a rien connu d'autre. Les événements qui ont récemment secoué le pays ont finalement eu raison de son régime. Vendredi 14 janvier 2011, Zine el-Abidine Ben Ali a quitté la Tunisie pour se réfugier – vraissemblablement – en Arabie Saoudite.
(Franck Sarfati – 06.01.10, mis à jour le 18.01.11)



