
Enseigner la lecture: c'est «aider les élèves à mettre leur boîte à outils en ordre».
La querelle des méthodes de lecture est un sujet qui touche peu Danielle Benzonelli. Certains théoriciens, pense-t-elle, «devraient retrouver le contact avec le terrain en prenant par exemple la direction d'une classe durant deux ans.» Car c'est là que ça se passe: dans l'adéquation entre celui qui va apprendre et celui qui fait apprendre.
Tout le monde le sait: dans la vie, chacun est différent. Mais l'école aimerait croire le contraire et tient un discours égalitaire, parce que l'idée est belle depuis toujours. C'est faux, soutient Danielle Benzonelli. Chaque enseignant en fait d'ailleurs l'expérience quotidienne.
Multiplier les approches
Il y a les élèves rapides, et ceux qui ont besoin de temps, et ceci ne signifie pas qu'ils sont incapables d'assimiler une notion. Quelques-uns sont sensibles aux sons? La syllabique pourrait sembler plus indiquée. D'autres sont plus sensibles aux mots et à ce qu'ils véhiculent? Peut-être peut-on se risquer à tâter de la globale, avec modération etc. «Certains sujets semblent rétifs à tout, certains sont passifs, résistent aux tentatives du maître et puis un jour, ils lisent et ils lisent bien. Bien sûr, il y a des échecs. Vouloir les limiter relève du bon sens et d'une certaine forme de générosité; vouloir à tout prix les éviter relève d'une forme de naïveté. Et conduit certains à les nier, ce qui est irresponsable», prévient Danielle Benzonelli.
Prendre le temps de comprendre le fonctionnement de chacun, d'identifier les outils qui leur «parlent» et d'adapter l'apprentissage en conséquence semble donc important. Il ne s'agit pas d'un enseignement à la carte. Plutôt d'une multiplication d'exercices différents qui donnent au plus grand nombre la possibilité d'être réceptif à tel ou tel travail. Si Danielle Benzonelli avait une méthode, elle consisterait à «aider les élèves à mettre leur boîte à outils en ordre. Mais on n'a pas tous le même sens de l'ordre», souligne-t-elle avec justesse.
La lecture, un exercice physique
Et le plaisir dans tout ça? S'inculque-t-il? Pas sûr. «Il faut oser montrer son propre plaisir, son plaisir de lire, son plaisir des mots. En général, ça marche», explique Danielle. Il faut lire à haute voix, vivre l'histoire. Les élèves doivent participer, suivre avec le doigt, l'il. «Il y a quelque chose de très physique dans la lecture, dans l'appropriation de la lecture, la façon de déchiffrer, puis de lire vraiment. Observons un enfant qui déchiffre: tout son corps travaille.»
L'enseignant a ainsi le devoir de s'investir et de déployer beaucoup d'énergie, ce qui ne dispense en aucune manière l'élève de travailler. Il serait en effet préjudiciable de sous-estimer la part de travail de l'élève. «On a maintenant cette frousse de dégoûter à tout jamais un enfant de faire un effort contraire à ce qu'il… sent!». Pourtant, les générations éduquées à la syllabique et à la répétition quotidienne n'ont, semble-t-il, pas souffert de traumatismes particuliers. L'ennui, parfois? On s'en remet et on élabore vite des stratégies de contournement de l'ennui.
(Camille Bozonnet – 09.10.06)

