
«Il faut se laisser aller à être irrévérencieux, à faire travailler son imagination...»
«Évidemment, il faut se laisser aller à être irrévérencieux, faire travailler son imagination et dispenser beaucoup d'énergie. Mais ça ne se dit pas», souligne Danielle Benzonelli, ancienne enseignante, en souriant. Vous voilà parés pour retrousser vos manches et démarrer en famille un programme ludique hors des sentiers académiques.
Le mot inconnu
Prendre un mot difficile et rigolo, que les enfants ne connaissent pas. Comme «superfétatoire», par exemple. Leur dire que c'est un adjectif, puis leur demander ce qu'il peut bien vouloir dire. Peu importe qu'ils tombent juste, ou non, la correction ultérieure se chargera de mettre les points sur les «i». L'intérêt est de titiller leur imaginaire, de les éveiller à la gourmandise des mots, de les initier à la chasse au sens des mots. Vous serez surpris de voir à quel point ça marche.
La grande famille
Prendre un autre mot rigolo. Leur demander de trouver le père de ce mot, son grand-père, son arrière grand-père… Les entraîner dans un travail étymologique qui les divertit et leur donne envie de poursuivre. Il faut leur montrer que les mots sont comme des boîtes à outils. Et qu'un dictionnaire et toutes les formes de lecture sont leurs alliés pour en observer les pièces détachées. Exemple: «éponge». Son papa? Balai? Aspirateur? Plumeau? Et dans le dictionnaire… Éponge viendrait de «espoigne», attesté en 1220. Qu'est-ce que c'est que ça «espoigne»? C'est mal écrit! Viendrait de la mer, hum? Substance d'un zoophyte qu'on trouve dans la mer. C'est quoi un zoophyte? Un monsieur qui va au zoo? Son papa, c'est un animal du zoo? Retour au dictionnaire…
L'OuLiPo
Les élèves créent un texte en jouant – et se jouant – des contraintes. Prenez un quatrain de Baudelaire, par exemple. Faites-leur écrire une parodie, mais en n'utilisant que des mots du dictionnaire commençant par «cha» ou «phi». Une fois qu'ils en ont trouvé un, ajouter sept mots, prendre le septième, puis reculer de neuf mots, etc. Multipliez les contraintes, faites-les rebondir d'un mot à un autre, bidouiller des phrases et fabriquer un texte sans queue ni tête. Ce n'est pas grave et c'est tant mieux. Cela les amène à mémoriser la forme et le sens des mots, à en apprendre de nouveaux, à lire pour éplucher le dictionnaire.
Exemple: Partons du premier quatrain des Correspondances:
«La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.»
La suite, conformément aux contraintes énoncées ci-dessus:
«Chalut toi, le chamanisme du chalumeau
Philosophie la phlébite philosophe;
Charmant charnellement dansent le charleston
Un philistin philologue et sa philippine»
La suite? C'est à vous!
L'architecte
Version simplifiée de l'OuLiPo, adaptée aux plus petits. Inscrivez des mots, appris en classe, sur des cartons. Demandez chaque jour aux enfants de construire une phrase en se servant de ces cartons de mots. Laissez-les trifouiller, combiner, échafauder des propositions. Vous verrez qu'ils se rendent compte, d'eux-mêmes, que les phrases «incorrectes» le sont, et qu'en plus elles sont très drôles. C'est le premier pas vers la jubilation de la langue. (Camille Bozonnet – 09.10.06)

