
Êtes-vous «syllabique», «globale» ou «mixte»?
Syllabique: du plus petit au plus grand
Mise au point par Mathurin Boscher en 1906, la méthode syllabique fait les beaux jours de son éditeur depuis 1984. Chez Belin, on avoue volontiers que le b.a.-ba un peu désuet fait vendre entre 70'000 et 100'000 exemplaires par an, en France, mais aussi en Suisse, en Belgique et à Madagascar. Nostalgie ou vieux principes, «ce sont souvent les grands-parents qui l'offrent à leurs petits-enfants», confie la maison au Figaro (29.08.2006). Également baptisée «alphabétique» ou «synthétique», elle part du plus petit élément – la lettre – pour aller vers le tout – le texte. Elle se fonde sur l'apprentissage de l'alphabet, en commençant par les lettres, en passant ensuite par les syllabes, puis les mots, pour finalement s'attaquer aux phrases. Et fournit le code du système alphabétique phonétique où un signe = un son.
Pourquoi plaît-elle toujours? Les enfants commencent par apprendre la base, comme lors de l'apprentissage d'une langue étrangère à nouvel alphabet, tels le russe ou le grec. Ils maîtrisent ainsi les éléments «primaires» qui leur donneront accès à toutes les combinaisons possibles: les mots. Ils sont réputés meilleurs en orthographe, précisément parce qu'ils savent décortiquer les mots, isoler le radical des terminaisons.
Globale, pour analytique ou intégrative
L'instauration de la méthode globale, alias analytique, alias intégrative, est un legs de Mai 68. Entièrement fondée sur la reconnaissance visuelle, la démarche consiste à photographier les mots pour pouvoir ensuite les repérer dans un texte. On procède par «entité», comme avec les idéogrammes chinois, par exemple, qui représentent des concepts. L'enfant devine par là le sens d'un texte à partir des mots reconnus et c'est bien la découverte ludique du sens qui est privilégiée.
Plus intuitive que rationnelle, elle génère beaucoup d'approximations dues à une mauvaise «vision» des mots, et de graves carences en orthographe. A priori plus accessible pour le plus grand nombre parce que plus simple et moins rébarbative que la syllabique, elle est néanmoins très élitiste. Elle ne réussit qu'aux élèves qui ont une excellente et méticuleuse mémoire visuelle, comme à ceux qui ont une prodigieuse mémoire. C'est-à-dire ceux qui sont capable de stocker des milliers d'images… à l'instar des mandarins qui auraient maîtrisé les 9353 caractères du Shuowen jiezi (100 ap.JC), premier dictionnaire datant de la dynastie Han. Par comparaison, un Chinois «moyen» devrait connaître 3000 caractères pour lire le journal. D'ailleurs, le chinois actuel bénéficie d'un tout récent système alphabétique – démocratique.
Mixte: la lettre et le sens
Sous l'appellation «méthode mixte», se retrouvent en fait toutes les adaptations de la méthode globale, qu'il s'agisse de méthode phonétique, combinatoire, etc. Elle travaille simultanément l'élément – la lettre – et le tout – le texte – pour jouer à la fois sur l'acquisition du système alphabétique et la compréhension du sens.
Cette méthode est aujourd'hui la plus utilisée en Suisse parce qu'elle est le reflet de la tendance pédagogique actuelle fondée sur un double postulat: 1- l'apprentissage de la lecture est un processus beaucoup plus complexe qu'on ne l'aurait imaginé, donc irréductible à une méthode stricte; 2- l'enseignant refuse de se considérer comme le simple exécutant des experts (qu'ils soient chercheurs en sciences de l'éducation, linguistes, logopédistes…); il s'appuie plutôt sur son expérience et son professionnalisme et s'inspire de plusieurs méthodes pour construire celle qui lui convient. La «méthode mixte» est ainsi, en quelque sorte, le dénominateur commun ralliant les méthodes propres à chaque instituteur.
(Camille Bozonnet – 09.10.06)

